Confidences et Changement de Paradigme

*Article initialement publié en Septembre 2016 sur bonheuretboustifaille.com*

Les derniers mois ont été éprouvants pour moi, pour ma famille aussi; l’une des nôtres a reçu un diagnostique épeurant – le C-word. Disons que ça remet pas mal de trucs en perspective. Disons que ça oblige à revenir à l’essentiel de ce qui rend heureux. Dans ce contexte, j’ai re-découvert un mouvement qui me parle vraiment, qui va totalement dans le sens de ce que je vis, et qui m’a fait remettre en question mille et une choses. J’ai pris le temps d’assimiler les choses avant de réécrire un article pour mon blogue. Mais, ça y est, je suis prête, il faut ab-so-lu-ment que je vous en parle.

J’ai choisi bonheur et boustifaille comme nom pour ce blogue parce qu’en écrivant mes articles, je voulais inspirer mes lecteurs à arrêter de culpabiliser autour de la boustifaille et à retrouver le plaisir de manger de tout! En me relisant aujourd’hui, je crois que l’intention était là, et bonne, et que certains de mes articles sont toujours valables. Mais malheureusement, j’écrivais en adoptant une perspective que je rejette aujourd’hui, celle que le désir de perte de poids peut faire partie d’une approche positive de la bouffe et de la santé.

J’ai appris, d’abord de par mon expérience personnelle, puis en réalisant que beaucoup d’autres vivaient la même chose, que peu importe l’approche que l’on a, ou les outils qu’on utilise, si on cherche à perdre du poids ou à maintenir une perte de poids, on aura une mentalité restrictive, évaluant les aliments que l’on mange selon leur potentiel de nous faire grossir ou maigrir. Ma perspective est passée de l’utilisation d’outils pour perdre du poids ou maintenir une perte de poids, à une philosophie de l’alimentation, de la santé et du corps humain beaucoup plus large et qui me correspond.

Je dois donc vous faire quelques confidences pour que vous compreniez mieux pourquoi je n’ai plus la même vision des choses, et ce n’est pas facile à faire, mais je choisis la vulnérabilité et l’honnêteté.

Je suis passée par plusieurs stades depuis mes débuts de blogueuse :

  1. La Lune de miel- j’étais convaincue d’avoir atteint un poids idéal que je maintiendrais avec facilité toute ma vie grâce aux nouvelles connaissances que j’avais acquises sur le comportement alimentaire.
  1. L’Obsession- je suis devenue obsédée par ma balance, enivrée par les encouragements et compliments de mon entourage, symptôme d’un problème de société dont on reparlera. J’étais obsédée par l’idée de devoir maintenir le poids le plus bas que j’avais atteint. Je dois m’avouer aujourd’hui que j’étais retombée dans la restriction en poussant mes propres principes trop loin
  1. L’Hyperphagie et la Restriction (le cercle vicieux) – mon corps s’est rebellé. Les week-ends, alors que j’avais l’habitude de naturellement manger plus, comme la plupart d’entre nous, je me suis mise à avoir des rages de bouffe. Cette étape a coïncidé avec une grande peine, je me suis tournée vers la bouffe pour me consoler, puis ça a dégénéré (physiologiquement, ça s’explique très bien, mais ça sera pour un autre article). Évidemment, j’ai eu peur de reprendre le poids que j’avais perdu. Pour cette raison, je me suis mise à restreindre mon alimentation pendant la semaine. Je me sentais coincée dans un cercle vicieux, anxieuse et coupable.
  1. La Fin de la balance – J’ai cherché à échapper à l’obsession et au cercle vicieux. Comme d’habitude, je suis passée par la connaissance, lisant article sur article. J’ai compris que je devais lâcher prise. La première étape a été d’arrêter de me peser pour de bon (après plusieurs tentatives échouées). Puis, d’arrêter de me restreindre pendant la semaine.
  1. La Recherche d’autre chose- aka la découverte de HAES et Body Positivity ou comment être bien dans sa peau et vivre sa vie dans le présent (ce qui était devenu extrêmement important pour moi vu le diagnostique de ma mère).

À travers toutes ces étapes, l’aspect santé des aliments était devenu secondaire pour moi. C’est justement le problème avec mon blogue: il aide généralement à adopter de saines habitudes, mais les outils que je présente peuvent aussi être poussés à l’extrême pour perdre du poids au-delà d’un poids heureux et santé. Je crois que c’est une question de perspective; la mentalité de régime est très difficile à mettre de côté quand notre société nous pousse à croire que la beauté est unidimensionnelle et mince, et qu’on arrive à se rapprocher de cet idéal en adoptant de “saines” habitudes.

Je connais le terme Health At Every Size depuis plusieurs années, mais je ne m’y suis jamais intéressée. En fait, rien qu’à entendre ces mots j’étais réticente; à l’époque, j’avais envie de dire “La santé à toute taille, l’idée est bien belle… mais…”. Mais quoi? Je n’en savais rien, parce que je ne savais pas ce que HAES voulait vraiment dire! Heureusement, donc, je ne me suis jamais exprimée sur la question #thankgod.

HAES est un mouvement social qui s’oppose au paradigme actuel voulant que nous aspirions tous à la minceur et à atteindre un idéal de beauté-santé unidimensionnel. C’est une philosophie d’acceptation de soi, qui veut que chaque corps mérite d’être respecté, d’être traité avec soin et douceur, de voir chacun de ses besoins assouvi, et finalement que chacun de nous fasse la paix avec son corps tel qu’il est aujourd’hui, peu importe l’apparence qu’il aura demain. La philosophie HAES se base sur des données scientifiques (assez béton merci) pour remettre en question l’idée qu’on nous vend CONSTAMMENT voulant que le poids, ce chiffre en kg ou lbs, représente l’état de santé d’une personne. Je n’irai pas dans les détails pour vous démontrer à quel point l’IMC (indice de masse corporel) est un chiffre désuet, ça serait trop long. Je vous mettrai donc  un lien plus bas si vous avez envie de lire sur le sujet, mais en gros, l’histoire va comme suit: les différents critères nous catégorisant comme ¨normaux¨, en surpoids ou obèses, ont été déterminés par un organisme subventionné par des géants de l’industrie de la perte de poids #conflitdinteret quelqu’un? C’est vraiment choquant, je sais, je n’en reviens pas moi-même. En bref, le poids, l’IMC et l’apparence à eux seuls ne permettent de tirer quelle conclusion que ce soit sur la santé physiologique ou mentale d’un individu. À force de (beaucoup) lire sur le sujet, je suis passée de frustrée, à hystérique, à triste, puis à déterminée. Le poids ne voudrait donc pas en dire tant que ça? On peut être bien en chair et en très bonne santé? Minceur n’égalerait pas santé? Je me suis fâchée, en repensant à ces années où je me sentais coupable d’être en surpoids en pensant que je me faisais du mal, que quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Puis en repensant au chiffre critique (établi arbitrairement) qui, lorsqu’il apparaissait sur ma balance, signifiait qu’il fallait que je me reprenne en main.

Je me suis tellement battue contre mon corps que je me sens vraiment fatiguée aujourd’hui, et j’abdique #Isurrender. Linda Bacon (c’est son vrai nom les amis et elle a fondé HAES!) a démontré par A+B que la physiologie humaine est faite pour combattre la perte de poids, que notre corps, s’il voit qu’on résiste à ses signaux de faim ininterrompus (eeeaaaaaat for God’s sake) au début d’un régime, n’est pas né de la dernière pluie, et ralentira notre métabolisme de base (pour qu’on dépense moins d’énergie, parce que c’est la famine alors il faut ménager ses réserves de calories!), et que donc on ne pourra pas maigrir ou encore maintenir une perte de poids, surtout excessive, indéfiniment.

Toutes les préoccupations que la société et l’industrie de la perte de poids nous imposent par rapport à notre poids nous affectent terriblement au plan psychologique. On pourrait tous se rapprocher de cet idéal imposé, mais à quel prix? La santé mentale et la santé physique sont complètement inter-reliées, et ça aussi c’est important. La philosophie HAES dit que chaque corps est différent: laisse ton corps être, laisse le décider, écoute-le. Tout le contraire de ce qu’on entend dans les médias populaires qui parlent de contrôle. C’est sûr que dit comme ça, ça peut sembler facile. Mais ce ne l’est pas, parce qu’on a tous incorporé les messages que notre environnement nous envoie constamment, à différents niveaux. Pour arriver à être, tout simplement, intuitivement, il faut se défaire de ce bagage, de ces idées préconçues qu’on a sur notre poids, celui des autres, et sur ce que ça veut vraiment dire. C’est là que j’en suis présentement: je me déconditionne.

Améliorer son alimentation et faire de l’exercice pour des raisons de santé et de bien-être – sans que la perte de poids ne soit un des objectifs- ça, oui, j’y crois. Mais je vous entends me parler de changement de “style de vie’, de ne pas être intéressé par les régimes ou diètes intenses. Je vous répondrais que, si votre but est de perdre du poids, c’est un régime, peu importe les termes utilisés. Donc, je considère qu’un grand nombre des conseils que j’ai donnés à travers mon blogue étaient une sorte de régime undercover, bien malgré moi. Je l’ai vécu moi-même, comme je l’ai expliqué plus haut. Malheureusement, la plupart des produits ou plans nutritionnels qu’on nous vend aujourd’hui veulent nous faire croire qu’il servent à améliorer la santé, le lifestyle etc. tout en nous montrant des mannequins sportifs, et donc en insinuant que perte de poids/6-pack/minceur peu réaliste=santé. Encore une fois, on ne peut juger de la santé physique et mentale d’une personne rien qu’en la regardant.

Je sais que j’ai changé de vision par rapport à tout ce dont je vous ai parlé jusqu’à aujourd’hui, et honnêtement, l’idée de publier ce texte me fait stresser en… !!! Beaucoup. Mais j’aimerais faire partie de ceux qui poussent pour le changement de paradigme et sont pour la diversité corporelle. Qui s’élèvent contre le traitement réservé aux gens qui ne correspondent pas à l’idéal sociétal de la minceur, qui subissent de l’intimidation, du fat-shaming, qui n’ont pas le privilège de passer inaperçus ou d’être acceptés par défaut, ou d’aller chez le médecin sans se faire dire que tous leurs problèmes de santé sont causés par leur poids (plusieurs études américaines ont démontré les personnes obèses ne reçoivent pas la même qualité de soins de santé que les autres #weightbias- allez consulter Google Scholar pour plus d’infos).

Imaginez ce que nous aurions pu faire, en tant que femmes, dans le siècle dernier, si on n’avait pas passé autant de temps à être obsédées par notre poids, notre gras et nos régimes avec ou sans gras. Personnellement j’aurais pu faire un deuxième bac pendant mon premier bac en psychologie! On aurait sûrement trouvé une cure pour le cancer! Non mais sans blague, il y tellement de choses plus agréables et empowering dans la vie que de constamment contrôler son alimentation et « s’entraîner pour pouvoir manger » (j’ai entendu cette histoire trop souvent). Mais surtout, pourquoi le faire? Puisque ce n’est pas pour notre santé ? Sincèrement, pour qui? Pour être plus heureux ? Plus confiant peut-être ? Come on! On peut être heureux à toute taille, regardez autour de vous. Dans la vraie vie, on est tous différent-es. Mes ami-es sont de toutes formes et apparences, ma famille est une magnifique mosaïque! Pas la vôtre? Qui est heureux dans votre entourage? Qui est aimé? Des gens de toutes les tailles et couleurs sûrement. À force de lires des activistes en body positivity (bopo pour les intimes), j’ai découvert encore plus de femmes super trop cool, de toutes les tailles, qui vivent leur vies comme des #bossladies, selon leurs choix, leurs désirs, qui s’acceptent et aident d’autres femmes à s’accepter et à faire la paix avec leur corps et la bouffe, à dire #jemenfous à la société, puis à déployer leurs ailes et à profiter de la vie qui s’offre à elles, immense et pleine de promesses.

J’ai fait pas mal de chemin pour laisser de côté la mentalité de régime, après tout, c’est l’objectif de mon blogue depuis le début. J’ai découvert que j’en avais encore plus à faire. Que je n’en suis pas encore à regarder un pot de Nutella sans me demander quelle serait la quantité “acceptable” à manger, ou à manquer un jour d’entraînement parce que je me sens réellement fatiguée. Je suis résolue à créer de l’espace pour mon bonheur. Tout ça pour dire qu’à partir d’aujourd’hui, je n’écrirai plus sur le poids, mais sur le bien-être. Parce que je nous veux du bien. Mais aussi parce que j’aimerais qu’on se rappelle de moi comme d’une femme qui a aidé d’autres humains à être heureux, à se sentir bien dans leur peau et à être en santé, pas comme de quelqu’un qui a perdu du poids et a aidé d’autres gens à perdre du poids. Et vous, comment aimeriez-vous qu’on se rappelle de vous?

Contrairement à ce qu’en disent ses détracteurs, HAES n’est pas un mouvement qui promeut l’obésité, il ne promeut aucune taille justement.

J’aimerais vraiment que vous me fassiez savoir ce que vous pensez de ce texte! Laissez-moi des commentaires 🙂

 

À bientôt!

Lien:

http://nutritionj.biomedcentral.com/articles/10.1186/1475-2891-10-9

Photo par Ross Findon sur Unsplash

 

 

 

 

 

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